Compte-rendu de notre journée du 19 janvier

Cette journée de réflexion autour des ponts qu'on peut construire entre les démarches de "Transition" et de "Développement Durable" et les manières de les aborder dans l'éducation au sens large (école, formation, éducation permanente, promotion sociale,...) s'est révélée un franc succès.


Avec près de 200 personnes présentes, le colloque conjointement organisé au Palais des congrès de

Namur par l’Institut pour un Développement Durable et l’ASBL Education et Formation au Développement Durable s’est révélé un franc succès. En particulier auprès du milieu enseignant. Logiquement.

Autour de Philippe Defeyt (IDD), différents orateurs se sont succédé en matinée.

Jean-Michel Lex (EFDD) a introduit la journée en rappelant que 2017 avait été marquée par l’appel à réagir, resté lettre morte, lancé par 15.000 scientifiques. 2018, elle, aura signé la funeste mise en berne du multilatéralisme. EFDD y voit d’autant plus matière à poursuivre ses efforts pour introduire le développement durable au coeur de l’enseignement (à retenir : la mise à jour des « Cahiers du développement durable» mais aussi la date du 3 mai (journée d’échanges entre enseignants) et la campagne « Annoncer la couleur »).

Lors de son intervention, Paul-Marie Boulanger (IDD) a introduit la distinction entre croyants et

pratiquants de la transition écologique. L’objectif est évidemment de maximiser le nombre de

pratiquants. Il a rappelé la distinction que l’anglais Rob Hopkins établit entre le concept de

développement durable (approche environnementale habituelle misant sur la modification du

comportement individuel et souvent motivée par la peur) et, celui, un brin survivaliste, de transition

écologique (très concrètement orientée vers la résilience locale avec une forte implication

citoyenne).

Arnaud Zacharie (CNCD 11.11.11) a été le premier à aborder une statistique qui sera évoquée pas

moins de trois fois durant la matinée : au niveau mondial, les 10% les plus riches sont responsables

50% des gaz à effet de serre tandis que les 50% les plus pauvres ne produisent que 10% de ces

émissions nocives. A. Zacharie a prôné la nécessité de se tourner vers une économie réellement

circulaire privilégiant la valorisation de l’usage plutôt que la propriété.

Selon Edwin Zaccaï (ULB), les inégalités sont au coeur de la problématique environnementale,

laquelle exige des réponses transnationales et sociétales avec des préoccupations particulières pour

les bas revenus. Sans sacrifier une exigence : ne pas se contenter de petits gestes…

Forcément très attendu, Jean-Pascal van Ypersele s’est demandé comment garder l’espoir ? Question

cruciale, convenons-en. Identifiant deux défis : l’urgence et l’inertie, il a insisté sur le fait que nous

devrions nous trouver sur une trajectoire descendante en terme d’émission, mais que c’est très loin

d’être le cas aujourd’hui. Les solutions doivent d’abord être trouvées dans une approche systémique

sur le long terme. Au plan pratique : nécessité d’internaliser le coût des dégâts environnementaux

dans le prix des biens et des services. « Le prix est un message compris de tous », a-t-il expliqué. A

l’adresse spécifique du monde enseignant, il a invité à une explication concrète du fonctionnement

de l’écologie, avec une insistance sur les interactions humains-système. Et surtout, il a mis en avant

ce qu’il a appelé l’ « écologie intérieure » : il voudrait que les élèves apprennent à être mieux avec

eux-mêmes pour avoir besoin de moins posséder… Nadine Gouzée (Club de Rome) a dressé un historique qui rappelle combien des textes déjà anciens comme le préambule de l’Agenda 21 (Rio 1992 : « L’humanité se trouve à un moment crucial de son histoire ») n’ont malheureusement pas pris une ride ! Tant de temps a été perdu dans une opposition entre développement et développement durable… Une exigence désormais : la conscience citoyenne et politique des interdépendances systémiques, illustrée par le graphique des 5P élaboré dans le cadre de l’Agenda 2030 de l’ONU : Planet, People, Prosperity, Peace, Partnership. N.Gouzée a indiqué que s’il y avait beaucoup de raisons de désespérer, la solution réside dans l’idée de penser et d’agir « GLOCALEMENT ».
Là-encore, c’est sur une approche systémique qu’il convient d’insister… Son credo : combattre la hiérarchisation néfaste entre sciences dures et sciences humaines…

Avant la pose de midi, Thérèse-Marie Bouchat et Benoit Dave de la coopérative « Paysans-Artisans »

ont expliqué le fonctionnement de leur coopérative et ses partenariats (700 coopérateurs, 70

producteurs, 26 salariés, 450 bénévoles) clamant qu’ils sont là pour faire de l’économie et non du

« colibrisme transitionneur ». Leur moteur ? Un certain agacement face à l’imbécilité programmée…

A bon entendeur…

Modéré par le journaliste Hugues Dorzée, le débat de l’après-midi a réuni différents intervenants

issus du monde associatif, des partenaires sociaux et des enseignants : Etienne Cléda (Président

honoraire ASBL Empreintes), Pierre-Frédéric Nyst (Président UCM), Véronique Thirifays (CSC),

Véronique Beaupain (Dir. École communale de Waimes), Laurence Denis (Directrice-Présidente de la

Haute École Robert Schuman), Julie Giets (Institut Robert Schuman, Eupen) et Nicolas Gazon (Institut

de l’Assomption).

De leurs échanges, on retiendra que l’environnement n’est pas le menu unique du développement

durable (E.Cléda). Marqué lui aussi par la nécessité de raisonner en terme de système, il voit dans la

thématique de l’effondrement un enjeu démocratique. F. Nyst a indiqué que les adhérants de l’UCM

sont des « croyants », mais que chacun doit aller à son rythme. « Peut-être la transition est-elle une

occasion de fonder un nouveau contrat social ? », s’est-il demandé. Intégrée au Réseau Intersyndical

de Sensibilisation à l’Environnement (FGTB, CSC, CGSLB), V.Thirifays a décrit un accompagnement

des initiatives de terrain. Notamment au moyen de capsules videos.

Les enseignants présents se sont attachés à expliquer les démarches très volontaristes mises sur pied

au sein de leurs établissements respectifs. Parfois en liaison avec tout un quartier (école de

l’Assomption) ou même tout un village (Waimes).

Alimentation, promotion du vélo, tri, jeu ou participation à des manifestations,… A chaque fois,

l’action se veut enchâssée dans une approche système à travers des projets fonctionnels et

volontaristes…

Une fois de plus, la nécessité d’une approche systémique aura donc été illustrée par les débateurs.

L’expression résonne comme un leitmotiv, un fil rouge méthodologique. Certainement salutaire… A

suivre.